Nicolas Benedetti: Un peintre face à Samuel Beckett
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Nicolas Benedetti: Un peintre face à Samuel Beckett

Nicolas Benedetti : Un peintre face à Samuel Beckett
 
Quand on pose ses yeux sur une toile de Nicolas Benedetti on peut sortir son lot d’étiquettes simplistes : Pessimisme radical, noir désespoir, nihilisme ravageur, Maux pesants ou bien encore négation de la vie ou de  toute espérance qui rendent cette vie digne d’être vécue.

Or, lorsque j’ai croisé du regard quelques-unes de ses œuvres, dès la première fois, j’ai été frappé par le souvenir d’une pièce de Samuel Beckett. Le sentiment était troublant ; étroit et profond. Le texte, les mots surtout, l’ambiance aussi, tout était là, en place, espace et temps !
Je les voyais, je les entendais !

Tout comme Estragon et Vladimir, Pozzo ou Lucky, plus que des personnages désespérés, dans l’attente absolue, apparaissaient, éclatants et limpides, de véritables héros du quotidien où, paradoxalement, le temps n’a plus d’emprise. Où seul une corde de plomb les retiennent, pour certains, à une réalité Terre de Sienne.

« Rien à faire » dit Estragon, de manière emblématique, dès sa première réplique de la pièce « En attendant Godot » ! Le cadre est posé ! Cette réplique résonnait en moi, cinglante et fulgurante. Certains personnages sans bouche me parlaient pourtant, tel des ventriloques !

Malgré ces premiers constats, les personnages de Nicolas Benedetti tout comme ceux de Samuel Beckett ne cessent d’en trouver, des choses à faire, des choses à dire, en quelque sorte des façons de lutter contre un néant à venir, certain. Ils nous racontent leurs histoires, leurs sentiments, leurs états d’âme !

J’ai trouvé !

Nicolas Benedetti, comme si de rien n’était, est le peintre de Samuel Beckett.

Mêmes décors épurés, même solitude palpable des personnages et pourtant… Tant de choses nous parlent, tant de sentiments exacerbés, vrais et sincères nous explosent au cœur !

Comme Estragon ou Vladimir, dans des conditions des plus difficiles, écrasés par un temps qui a disparu, figés dans des handicaps apparemment insurmontables, les personnages de Nicolas Benedetti trouvent encore et toujours des ressources, comme ceux de Samuel Beckett, pour n’en pas finir de finir, pour continuer quand même… de nous parler… droit aux tripes !

Qui peut nous sauver ? Sinon nous même !

Aujourd'hui, les religions se battent toujours et encore entre elles au lieu de nous rassurer et apaiser. Les grandes idéologies passées, utopiques et soi-disant  salvatrices ont fait depuis longtemps long feu !

Nicolas Benedetti a trouvé sa voie.

Celle d’une position minimaliste et figurative, lucide et au combien humble.

« Qui et où suis-je ? », il m’invite à me poser la question.

Tout comme Beckett me l’avait dit, un soir de décembre 1989, juste avant Noël ; Dans un monde sans espérance d’éternité qui ne permet pas de finaliser un projet global de vie.

C’est Vladimir qui répond à ma place :

« Nous avons la chance de le savoir… Dans cette immense confusion, une seule chose est claire : Nous attendons que Godot Vienne… ou que la nuit tombe. Nous sommes au rendez-vous, un point c’est tout. »

Oui.

Nicolas Benedetti est sûr d’une chose, comme nous, plus encore peut-être, il se sait mortel !

Alors, condamné à être là, avant que la nuit tombe, il veut plus que nous, surement, profiter. Continuer et surtout délivrer son message optimiste :

Ziveli ! 

 Comme le leitmotiv de mon ami Pierre Pétric (Vivons! Dans une langue d’une Yougoslavie si proche et qui pourtant n’existe plus en tant que telle…)

J’ai vu !

Je le dis haut et fort, ses tableaux sont des messages d’espoir!

Derrière le masque froid des morsures de la vie, ses personnages en observation permanente nous renvoient la force de leurs émotions intérieures.

Oui. Notre monde est dur.

Celui d'aujourd’hui tout autant que celui d’hier. Peu importe le temps et l’espace. Les matières déchirées, les textures morcelées, les peaux de toiles craquelées, ce n’est pas l’usure du temps qui parle, ou si peu, ce sont bien les blessures de cet écorché vif qui lutte avec élégance et poésie, en serrant les dents, sans jamais céder à la tentation facile de s’effacer.

« Il faut sentir une œuvre, être à son écoute » aime à nous dire Nicolas Benedetti.

Les tensions de la toile comme de la vie sont alors aussi importantes que les formes, les couleurs et les fonds.

Matières fondues, presque monochromes. Dégradés subtils et légers alliés à des cordes de plomb ressemblant à des colonnes vertébrales structurantes. Enduits divers et variés, chaux calcinées à l’air libre. Couleurs gris béton, ocres terriennes, bleus lunaires ou encore rouge pesant de sens.

La lumière est là !

Touchante, imprégnant les personnages, à la fois douce et mystique, presque irradiante.

Oui. Il y a bien un quelque chose de Godot dans chacun de tes personnages Nicolas ! Une vraie présence. Cette force que je ressens vient-elle de ce détail ?

En tous cas, pas de perspective dans cette peinture. Juste des personnages qui nous donnent la direction et nous font comprendre leur dessein.

C’est dans cette lumière intérieure cherchant à gagner l’extérieure que j’aime à me perdre.

La force de la peinture de Nicolas Benedettti est d’exprimer avec délicatesse et sensibilité toute l’intimité que nous nous efforçons de cacher, plus ou moins.

Notre société, notre éducation ne nous ont pas habitués à délivrer nos émotions. Nicolas Benedetti y arrive avec subtilité.

Ces tableaux s’imposent à nous !

« Je crois au fait que ce sont les objets qui nous choisissent et non le contraire » nous affirme-t-il.

Contre toute attente, sa vérité, incroyable à entendre, a été pour moi une véritable révélation.

Et s’il avait raison ?

Cette vérité s’est imposée à moi ! Ses tableaux m’ont choisi au même titre que Beckett m’avait indiqué une certaine conception de la vie, une philosophie, un chemin.

Nicolas Benedetti est dans l’action. Il n’est pas figé dans l’espace diachronique. « La chronologie, enfin, ne fait pas loi » comme le clame Régis Debray dans son livre, Le Stupéfiant Image.

Il lutte contre le temps, contre une fin qu’il sait pourtant inéluctable : La sienne. A demi-mot, la nôtre aussi.

Il nous ouvre les yeux.

Il nous oblige à nous regarder, à travers ses toiles, comme dans un miroir.

Il n’y a pas de détail dans la peinture de Nicolas Benedetti, bien au contraire. Il pousse par là le spectateur à devenir acteur. A se plonger dans sa propre réalité, son propre ressenti, sa propre vie : avec une sensibilité pure.

Sa technique change plus qu’elle n’évolue, les matières et les personnages aussi : Tout comme lui ! C'est cela la vraie empreinte du temps.

Nous sommes de cette famille, de cette vie, de cette histoire humaine, en interrelations constantes. 

Nicolas Benedetti tel un ethnologue de la peinture met en relief l’Homme socialisé. Car c’est bien de cela dont on parle, nous sommes bien tous de la même lignée ! C’est bien de notre histoire commune dont il parle.

« Nous sommes tous frères, Dieu est lumière mais je constate que la lumière est éteinte, c’est dur à dire mais j’ai peur ! » nous disait ce rappeur des années 80. Pas si lointain que cela en fait.

Se tenir debout, bien dressé, face à un tableau de Benedetti c’est donc un peu se faire face ! Se raconter beaucoup, s’exposer un peu.

Faire face à nos propres souvenirs, nos propres doutes, nos propres espoirs et certitudes, nos propres émotions et contradictions mais aussi, alors, nos propres blessures et souffrances.

C’est en cela que cette peinture figurative, si proche, si contemporaine et tellement unique touche tout le monde. En bien ou en mal, le sentiment est là… Fort et ancré.

La peinture de Nicolas Benedetti libère nos états d’âme « comme un aimant », pôle positif et négatif de notre moi profond, bleu zénith et rouge sienne.

Nicolas Benedetti nous délivre une peinture douce-amère simple reflet de notre existence où ses personnages rêvent toujours d’une liberté éternelle et où le temps qui passe essaye de les rattraper sereinement.

« Je n’ai pas d’attachement à mes tableaux, c’est l’instant qui m’intéresse, celui que j’aime c’est celui qui n’existe pas encore. Celui d’hier est déjà trop vieux pour moi » nous dit-il.

Oui. Nicolas Benedetti est un vrai optimiste car il regarde la vie en face et avec conscience, pareil à Beckett.

Malgré une mort certaine, demain nous réserve encore le meilleur !
 

Adrien Laplanche

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